28/05/2012

BUCOLISME ET PEUPLIER NOIR

Un peu de bucolisme !  Oui, ce substantif est admis, même s’il n’apparaît pas dans tous les dictionnaires. Le centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) prend comme exemple un extrait du « Traité des caractères » (1946) de Emmanuel Mounier : . [Le] plus artificiel peut-être des bucolismes, celui de ces urbains désemparés de la fin du XVIIIe qui allaient agiter à la campagne (...) la clochette de leur cœur vide.

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 Mon propos n’est évidemment pas de faire de la lexicographie mais bien de partager ces moments de petits bonheurs que certaines scènes de la nature nous offrent.

J’aime beaucoup partir à vélo à la découverte des villages, c’est un moyen de locomotion qui offre de multiples avantages, indépendamment du côté sportif, il permet de s’aventurer dans les chemins de traverse et d’y découvrir en dehors des routes principales ce que j’appellerais l’envers du décor.

C’est ainsi que j’ai vécu quelques scènes bucoliques dont j’apprécie tellement le côté naturel dans le sens « intégration dans la nature ». Pour en revenir quelque peu aux définitions, bucolique est ainsi décrit : « Qui a rapport avec la campagne, la vie simple et paisible des gardiens de troupeaux. Airs bucoliques; paix bucolique; avoir une âme bucolique. »

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Un adjectif très bien exprimé dans ces vers de Victor Hugo (Les chansons des rues et des bois) :

"Je sens en moi l'âme enfantine

D'Homère, vieux musicien.

Je vis aux champs; j'aime et je rêve;

Je suis bucolique et berger;

Je dédie aux dents blanches d'Ève

Tous les pommiers de mon verger."

 C’est ainsi que j’ai rencontré ces 2 bergers, dont le calme et la sympathie allaient de paire avec la scène que j’avais sous les yeux. De ces moments inattendus, il en ressort une espèce de joie interne qui fait oublier le stress et la vie trépidante de notre époque. Rien à voir évidemment avec les grands troupeaux de plusieurs centaines de moutons  qu’on peut voir dans les Alpes ou les Pyrénées, mais ici les sites sont plutôt restreints et au cœur du village.

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Berger, voilà un métier pour tous les amoureux de la nature, pour ceux qui en ont marre d’être enfermés dans un bureau, pour ceux qui en ont assez de la pollution des villes et qui semble-t-il est porteur. En France il n’y aurait plus que plus ou moins 700 professionnels dont un nombre important proches de la retraite.

Ces 2 bergers et je les en remercie ont aimablement accepté ma demande de les prendre en photo et l’un des deux m’a invité à voir l’arbre en dessous duquel il était couché afin de me montrer une chouette qui semblait nous observer d’un air interrogateur. De plus cet arbre était magnifique par sa taille, par la grosseur de son tronc et si j’ai bien compris mon interlocuteur, il avait plus de 200 ans. Photos à l’appui, je pense presque à coup sûr qu’il s’agit d’un Peuplier noir.

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19:58 Écrit par MSVDH dans Nature | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : bucolisme, berger, mouton, chouette, peuplier noir, hugo |  Facebook | |

18/05/2012

IRIS, LA MESSAGERE DES DIEUX

 Iris, la messagère des dieux dans la mythologie grecque , messagère entre les dieux et les hommes avait fait de l’arc en ciel un espèce de chemin entre les uns et les autres. C’est sans doute grâce à ses multiples couleurs que la plante bien connue a hérité de ce nom qui lui va à merveille.

Héra (femme et soeur de Zeus, gardienne de la fécondité du couple) avait pour Iris une affection sans bornes, d’une part parce qu'elle la purifiait avec des parfums quand elle revenait des enfers de l’Olympe et d’autre part parce qu’elle ne lui apportait jamais que de bonnes nouvelles. C’est sans nul doute pour cette raison que dans le langage des fleurs, l’Iris est annonciateur de bonnes nouvelles.

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 Voilà une plante apparue il y a au moins 50 millions d’années et qui encore aujourd’hui trouve place dans bien des jardins. Rustique, facile à réussir, facile à multiplier, elle ne pose aucun problème et la multitude de couleurs et d’espèces la rend très attractive.

Le long des murs et des routes on trouve très régulièrement ces iris violets ou jaunes aux fleurs assez petites mais en 50 ans, la fleur a doublé de volume et les couleurs se sont multipliées de façon extraordinaire.

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 Ce sont ces variétés toutes simples, qui poussent un peu partout qui font l’objet des photos de cette note. Ce ne sont pas les plus spectaculaires mais elles sont certainement à la base de bien des hybrides disponibles aujourd’hui.

Cette variété de formes et de couleurs a engendré chez certains une  passion pour en faire une véritable collection. Voici l’adresse d’un site répertoriant 342 variétés avec galerie de photos, ainsi que le nom de l'obtenteur et la date de création (clic).

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 Certaines espèces sont très recherchées en parfumerie pour leur rhizome dont on extrait l’essence d’Iris, particulièrement les Iris de Florence (iris germanica) de couleur blanche. C’est semble t-il Catherine de Médicis qui aurait lancé la mode de l’Iris en tant que parfum.

 Comment planter et cultiver des Iris (c’est ici)

19:04 Écrit par MSVDH dans Nature | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : vivaces, iris, parfum, planter, cultiver, héra |  Facebook | |

13/05/2012

ACACIA OU ROBINIER

Quand en fin de journée, l’air est plus froid, les parfums de la nature ne montent plus de la même manière vers le ciel. C’est sans doute un moment idéal pour effectuer des balades en forêt, et surtout en cette période quand les acacias garnis de leurs longues grappes de fleurs blanches exhalent un parfum doux et envahissant à la fois.

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Bien souvent on l’appelle Acacia, pourtant son nom exact est Robinier (Faux Acacia). Cette erreur vient de la confusion qu’il y a eu entre les appellations de 3 genres (on appelle « genre » un ensemble d'espèces ayant en commun plusieurs caractères similaires) soit les genres Acacia, Robinia et Mimosa. En fait l’acacia est l’arbre qu’on appelle Mimosa dans le sud de la France, et notre faux-acacia est bien un robinier.

Voilà un arbre qui recèle pas mal de qualités, tout d’abord, il est très dur, il convient bien pour la fabrication de piquets de clôture car il est pratiquement imputrescible. Il est de croissance très rapide et se propage par des stolons ce qui fait qu’il est souvent considéré comme une espèce invasive.arbres,acacia,faux-acacia,robinier

Les fleurs sont mellifères, elles peuvent être utilisées en cuisine, notamment pour en préparer de délicieux beignets (clic) ,des confitures (clic) , du sirop (clic) ou encore de la liqueur (clic) .

 Avec le bois, on peut produire de la teinture jaune, avec les feuilles on peut faire du fourrage et avec les fleurs qui peuvent sécréter quotidiennement 2 mg d’un nectar très riche en sucres, on produit un excellent miel. Ce miel d’acacia (on ne dit pas miel de robinier !) d’une belle couleur jaune clair est calmant, reconstituant et a des effets régulateurs au niveau des intestins.

 

Un des plus vieux robiniers de France, date du 17è siècle, il aurait été planté par Jean Robin (d’ou le nom Robinier), botaniste d’Henri IV, Place Dauphine. Déplacé au square Saint Julien le Pauvre , aujourd’hui square René-Viviani-Montebello, il s’agirait en fait du plus vieil arbre de Paris toutes espèces confondues.

 acacia 5.jpgDans la Bible, l’Arche de l’alliance (coffre qui contient les tables de la loi – 10 commandements – données à Moïse sur le mont Sinaï) est ainsi décrite : Ils feront donc une arche en bois d'acacia, longue de deux coudées et demie, large d'une coudée et demie, haute d'une coudée et demie. Tu la plaqueras d'or pur; tu la plaqueras au-dedans ......

La tradition veut que la couronne du christ aurait été tressée avec des branches d’acacia.

Isaïe 41 :19 : « Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia, le myrte et l'olivier; je planterai dans les solitudes le cyprès, l'orme et le buis ensemble ».

 On en retrouve également trace dans le Coran : « Les gens de la droite, mais que sont les gens de la droite? seront parmi des jujubiers sans épines et des acacias alignés, sous d’amples ombrages, près d’une eau vive, avec une abondance de fruits, non encore cueillis mais non défendus. »

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L’acacia apparaît également dans les symboles maçonniques, il est un symbole d'initiation solaire manifestant la continuité des cycles de mort et de renaissance. Dans différents «documents fondateurs» et manuels d’instruction maçonniques, la question «Êtes-vous Maître Maçon?» s’assortit de la réponse «L’acacia m’est connu», ce qui met en relief la fonction de ce symbole en tant que moyen de reconnaissance entre initiés qui ont atteint le grade le plus élevé de la Maçonnerie bleue.

20:05 Écrit par MSVDH dans Nature | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : arbres, acacia, faux-acacia, robinier |  Facebook | |

13/04/2012

LE LONGOSE JAUNE

 Des amis ont eu le bonheur de faire un séjour sur l’île de La Réunion, d’en ramener des tas de souvenirs et bien sûr des photos, notamment de la flore qui y jouit d’un climat tropical humide propice à un développement plutôt exubérant. L’île est située dans l’hémisphère Sud à 700 kilomètres de Madagascar dans l’océan Indien.

Le climat est fortement influencé par les vents alizés, par la présence de hautes montagnes et par le volcan  « Le Piton de la Fournaise », l’un des plus actifs de la planète. C’est ainsi que la côte Ouest bénéficie d’un climat sec protégé par le relief, tandis que la côte Est est pluvieuse et exposée aux vents.

Comme beaucoup d’îles de ce type, telles que Madagascar, Hawaï ou encore les Galapagos, La Réunion présente un fort taux d’espèces végétales endémiques, on y dénombre pas moins de 160 plantes qui entrent dans cette catégorie.

Depuis 2007, un Parc Naturel a été délimité sur l’île afin de protéger toute cette flore endémique, et le cœur de celui-ci, soit environ 40% du territoire,  est inscrit depuis 2010 au patrimoine mondial de l’Unesco sous le nom « Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion ».

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Parmi les fleurs, il ya une espèce qui est présente un peu partout, c’est ce Longose jaune (Hedychium gardnerianum) une plante de la famille des Zingibéracées, commune dans les régions tropicales, une plante originaire des Indes qui s’y est tellement bien naturalisée qu’elle en est devenue envahissante. Le Longose à fleurs jaunes, classée parmi les plantes envahissantes majeures, est devenue une peste végétale qui forme des populations très denses et empêche la régénération des plantes indigènes.

 Heureusement à côté de cela, il y a une très grande variété de plantes à fleurs, de toutes les formes, de toutes les tailles et de toutes les couleurs, un vrai paradis pour les amateurs de botanique. Mais aussi un véritable casse tête pour les reconnaître exception faite des orchidées et autres lotus.

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26/03/2012

SIGNES DU PRINTEMPS

Voici d’autres petites preuves, s’il en est besoin que le printemps est bien là. Dans les sous-bois la CORYDALE SOLIDE (Corydalis solida) est fleurie, c’est une petite plante, voisine de la Corydale creuse, de 10 à 20 cm de haut dont les fleurs mauves/pourpres apparaissent sur une tige d’une dizaine de centimètres. Elle fait partie de la famille des fumariacées, comme le bien connu « Coeur de Marie » et le « Fumeterre ».

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Elle est connue aussi sous le nom « Corydale à bulbe plein » ou encore « Corydale à tubercule plein » et elle est assez commune notamment dans les prairies montagnardes et subalpines. En Belgique, on la trouve dans les forêts alluviales et dans les bois humides, c’est la seule variété qu’on peut y trouver avec la Corydale creuse qui est cependant assez rare. La Corydale jaune, une espèce proche bien qu’appartenant à un genre différent, est quant à elle bien présente sur les murs et les rochers.

Son nom vient du grec Korudallis qui signifie « Alouette huppée », les fleurs de Corydale possèdent en effet un long éperon rappelant la huppe de l’alouette.

Belle et mignonne, mais attention sous son aspect ingénu, elle est très toxique, surtout par sa racine qui renferme des substances alcaloïdes au pouvoir paralysant.

 Et avec ce très beau temps printanier, ce sont nos amies les cigognes qui sont revenues. Les cigognes ne laissent personne indifférent, symbole fréquent dans l’imaginaire de l’homme, elle est affublée de quelques noms tels que : « Messagère du printemps », « Oiseau porte-bonheur », « Symbole de la longévité », « Porteuse de bébés », etc.

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En général c’est en août-septembre qu’elle quitte l’Europe à cause du manque de nourriture pour rejoindre le sud de l’Europe et l’Afrique. Les espèces habitant la partie occidentale de l’Europe migrent par le sud-ouest et le détroit de Gibraltar tandis que les espèces habitant la partie orientale traversent le Bosphore pour se rendre en Afrique de l’Est jusqu’en Afrique du Sud.

Cette cigogne blanche a retrouvé son nid en haut d’un poteau électrique, mais il n’est pas rare que chaque année elle ajoute et complète son nid qui dans des cas exceptionnels pourra atteindre jusqu’à 500 kg

16:26 Écrit par MSVDH dans Nature | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : printemps, corydale solide, cigogne blanche |  Facebook | |

18/03/2012

LE PRINTEMPS ET LES ARTS

Printemps rivière.jpgEt tout à coup, les rayons de soleil se font plus chauds, le fond de l’air n’a plus cette fraîcheur désagréable, le ciel s’est déchargé de ses nuages gris, le printemps semble s’installer et de quelle manière. Les rivières se débarrassent lentement mais sûrement de leur habit d’hiver, les premières perce-neige font leur apparition, de même que les éranthes d’hiver qui commencent à tapisser de leur jaune éclatant les sous bois. Partout on célèbre la fin du bonhomme hiver dans des carnavals ou des grands feux, la nature reprend ses droits,  la dormance est terminée, le débourrement peut commencer.

Pour marquer cet évènement dans le cycle de la nature, j’ai opté pour une manière un peu originale, soit le printemps tel qu’il a inspiré les plus grands artistes dans les 7 arts principaux.

 Architecture :

C’est sans doute dans cet art qu’il est le plus difficile d’en trouver une représentation sauf si on l’envisage d’une manière plus générale. En effet nos architectes paysagistes n’ont-ils pas comme mission de définir un jardin qui serait agréable en toute saison et qui mettrait en valeur les premières floraisons et les arbustes à floraison printanière. Parmi les paysagistes français, le plus connu est peut être André Le Nôtre, le père des jardins de Vaux le Vicomte et de Versailles, mais il y a un autre paysagiste français qui mérite certainement tout autant notre reconnaissance, il s’agit de Gabriel Thouin (1747-1829).

Il est l’auteur d’un livre résultant de 40 années de recherches : « Plan raisonné de toutes les espèces de jardins », ouvrage de référence pour tout type de jardin.

Gabriel Thouin distingue dans sa préface quatre types de jardins : le jardin potager, le verger, le jardin botanique ou jardin d'apothicaire, enfin le jardin d'agrément. Il subdivise les jardins d'agrément en fonction de leur forme en trois catégories : les jardins symétriques, les jardins anglais ou chinois et les jardins paysagers. Dans sa préface, Gabriel Thouin dénie aux Anglais l'invention du style naturel qu’il attribue plutôt à Charles Dufresnoy (1611-88), le successeur d'André Le Nôtre. Pour lui ce serait le précurseur du « jardin à l’anglaise », style qu’il avait imaginé dès le début du XVIIIe siècle dans un projet de parc pour le Faubourg Saint Antoine à Paris.

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Sculpture :

Qui dit sculpture, pense inévitablement à Auguste Rodin. Dans son œuvre, il y a un bronze intitulé : « L’éternel printemps ». En 1880, Rodin reçoit la commande d'une porte gigantesque dont la thématique est inspirée de la "Divine Comédie" de Dante : Les portes de l'enfer. L'œuvre  lui demanda un travail intense durant pratiquement 20 années et « L’éternel printemps » fut créé pendant cette période mais finalement ce sujet gracieux n’y figura jamais : tout comme Le Baiser, dont il constitue une sorte de variante, son sujet évoque le bonheur de deux jeunes amants, sentiment qui parut ne pas convenir au thème infernal de La Porte.

 Peinture :

En peinture, le choix est vaste de Botticelli à Picasso en passant par Arcimboldo et ses célèbres et étonnantes peintures « Les Quatre saisons ».

Les quatre saisons d'Arcimboldo sont des allégories, L'Hiver regarde le Printemps et l'Eté l'Automne. Le Printemps radieux contemple le visage décati de l'Hiver. Ce serait une jeune fille, plutôt qu'un jeune homme. C'est la saison du renouveau et les fleurs éclosent, chassant la grisaille de l'hiver. Le visage aux joues roses est composé de lys, de pivoines, de roses, d'églantines, d'anémones. Un lys épanoui décore la chevelure, allusion à la prétention des Habsbourg de descendre d'Hercule. En effet, la légende dit que le lys naquit du lait que donnait Junon à Hercule. La collerette est faite de fleurs blanches et le vêtement de feuillage.

source : http://archeologue.over-blog.com

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 Musique :

Après avoir évoqué « les quatre saisons » du peintre Arcimboldo, tout naturellement j’ai pensé aux « Quatre saisons » de Antonio Vivaldi. Le quattro stagioni  est le nom donné aux quatre concertos pour violon, qu’il a composés et dont l’introduction du printemps est certainement le passage le plus célèbre sinon le plus connu. Ce que le commun des mortels connaît moins c’est que son oeuvre est accompagnée de quatre sonnets qui lui sont attribués, poèmes qui décrivent le déroulement des saisons. Sur la partition, il précise les correspondances avec les poèmes, explicitant même certains détails (aboiements de chien, noms d'oiseaux : coucou, tourterelle, pinson…)

Le sonnet concernant le printemps :

 Voici le Printemps, que les oiseaux saluent d'un chant joyeux.

Et les fontaines, au souffle des zéphyrs, jaillissent en un doux murmure.

Ils viennent, couvrant l'air d'un manteau noir, le tonnerre et l’éclair, messagers de l'orage.

Enfin, le calme revenu, les oisillons reprennent leur chant mélodieux.

Et sur le pré fleuri et tendre, au doux murmure du feuillage et des herbes,

dort le chevrier, son chien fidèle à ses pieds.

Au son festif de la musette dansent les nymphes et les bergers,

sous le brillant firmament du printemps.

 Poésie :

Combien de poètes n’ont-ils pas évoqué le printemps, ici aussi le choix est tout à fait difficile, mais ce poème de Victor Hugo simplement intitulé « Le Printemps » illustre à merveille cette saison.

Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !

Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,

Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !

Les peupliers, au bord des fleuves endormis,

Se courbent mollement comme de grandes palmes ;

L'oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;

Il semble que tout rit, et que les arbres verts

Sont joyeux d'être ensemble et se disent des vers.

Le jour naît couronné d'une aube fraîche et tendre ;

Le soir est plein d'amour ; la nuit, on croit entendre,

A travers l'ombre immense et sous le ciel béni,

Quelque chose d'heureux chanter dans l'infini.

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Danse :

Une oeuvre qui n’est pas passée inaperçue et qui a d’ailleurs été très mal accueillie lors de sa première, c’est : « Le sacre du printemps » de Igor Stravinsky. L'idée du Sacre du printemps lui vint en 1910, alors qu'il travaillait encore sur L'Oiseau de feu. Dans ses chroniques, le compositeur écrit ceci : « J'entrevis dans mon imagination le spectacle d'un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d'une jeune fille, qu'ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps ».

Le premier tableau est intitulé : « L’adoration de la terre », le printemps, la terre est couverte de fleurs, la terre est couverte d’herbes. Une grande joie règne sur la terre. Les hommes se livrent à la danse et interrogent l'avenir selon les rites. L'Aïeul de tous les sages prend part lui-même à la glorification du Printemps. On l'amène pour l'unir à la terre abondante et superbe. Chacun piétine la terre avec extase.

( notes de programme que les spectateurs avaient reçues lors de la première représentation, le 29 mai 1913)

 Cinéma :

Pas mal de films reprennent dans leur titre le mot printemps mais ce n’est pas nécessairement la saison qui en fait le scénario. Voici un film qui n’est certainement pas très connu bien qu’il ait reçu plusieurs prix dans différents festivals. « Printemps, été, automne, hiver... et printemps » de Kim Ki-duk

Très applaudi lors de sa présentation en 2003 au Festival de Locarno, ce film y a récolté 4 prix : le Prix du jury Junior, le Prix Arte/CICAE (Confédération Internationale des Cinémas d'Art et Essai), le Prix Don Quichotte (remis par la Fédération Internationale des ciné-clubs), ainsi que le Prix décerné par le Netpac (Réseau pour la promotion du cinéma asiatique). La même année, le film décrochait le Prix du public au Festival de San Sebastian.

 "Mon intention est de montrer les joies, les colères, les tristesses et les plaisirs de nos vies à travers les saisons et au travers de la vie d'un moine qui vit dans un temple posé sur l'étang de Jusan situé en pleine nature. Cinq histoires du moine enfant, du moine garçon, du moine adulte, du moine vieillissant et du moine vieux coexistent avec des images de chaque saison. Les changements de qualité chez les êtres humains, les sens de la maturité dans nos vies qui se forment, comment elles se développent, la cruauté de l'innocence, l'obsession des désirs, la douleur des desseins meurtriers et l'émancipation dans les combats."

 

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24/02/2012

LA BEAUTE DE LA NATURE

Vous connaissez ma passion pour la nature, pour sa richesse, pour sa diversité et sa complexité et aussi pour son incroyable beauté. Une de mes dernières lecture, « Cinq méditations sur la beauté » de François Cheng, parlait de la beauté en général mais abordait aussi la beauté de la nature.

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Le livre commence ainsi : « En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal, la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l’univers vivant : d’un côté, le mal ; de l’autre la beauté ».

 

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La deuxième méditation concerne en partie la beauté de la nature : « Que l’univers nous frappe par sa magnificence, que la nature se révèle foncièrement belle, c’est là un fait confirmé par l’expérience partagée par tous. N’ayons garde d’oublier la beauté du visage humain : visage de femme célébré par les peintres de la Renaissance ; visage d’homme fixé par certaine icônes. Pour nous en tenir à la seule nature, il n’est pas difficile de dégager les éléments les plus généraux qui tissent notre impression commune du beau : la splendeur d’un ciel étoilé dans le bleu de la nuit,  la magnificence de l’aurore ou du couchant partout dans le monde,  la majesté d’un grand fleuve traversant les défilés rocheux et fécondant les plaines fertiles,  la montagne haut dressée avec son sommet enneigé, ses pentes verdoyantes et ses vallées fleurie,   une oasis éclose au cœur d’un désert,un cyprès debout au milieu d’un champ,  la superbe course des antilopes dans la savane, l’envol d’un troupeau d’oies sauvages au dessus d’un lac.  

 

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Toutes ces scènes nous sont si connues qu’elles deviennent presque des clichés. Notre pouvoir d’étonnement et d’émerveillement en est émoussé, alors que chaque scène, chaque fois unique, devrait nous offrir l’occasion de voir l’univers comme pour la première fois, comme au matin du monde.

 Ici, déjà, une question se pose à nous. Cette beauté naturelle que nous observons, est-elle une qualité originelle, intrinsèque à l’univers qui se fait, ou résulte-t-elle d’un hasard, d’un accident ? Question légitime puisque, selon une thèse, la vie ne serait due qu’à la rencontre fortuite de différents éléments chimiques. Ainsi, quelque chose a commencé à bouger ; voici qu’une matière est devenue vivante.....

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Que la « moisissure » se mette à fonctionner en évoluant, il y a de quoi s’étonner. Qu’elle réussisse à durer en se transmettant, il y a de quoi s’étonner davantage. Qu’elle tende, irrépressiblement dirait-on, vers la beauté, il y a de quoi s’ébahir ! Au petit bonheur la chance donc, la matière un beau jour, est devenue belle. A moins que, dès le début, la matière ait contenu, en potentialité, la promesse de la beauté, la capacité à la beauté ? »

Cinq méditations sur la beauté (Albin Michel)  François CHENG de l’Académie française

 Voilà sans doute de quoi voir sous un autre angle toutes les beautés de nos jardins, en commençant par nos petits semis qui de minuscules graines vont nous donner d’admirables fleurs comme si nous en étions les créateurs. Pour imager un peu tout cela, j’ai recherché dans mes photos quelques clichés de fleurs ou de scènes de mon jardin qui, en toute modestie, illustrent un peu la beauté de la nature.

18/02/2012

L'ARBRE AUX BOULETS DE CANON

 

COUROUPITA GUIANENSIS  - les sujets hivernaux étant plutôt réduits  (neige, oiseaux, ...), un petit peu d’exotisme et de couleurs ou encore de rêve  n’est pas à dédaigner.

L’arbre  que je voudrais vous présenter est certainement un des plus spectaculaires au monde, il s’agit du : Couroupita guianensis ou encore « arbre aux boulets de canon ». Il est originaire du Nord de l'Amérique du Sud (Guyane comme son nom l’indique), d’Amérique tropicale et du sud des Caraïbes. Arbre à feuillage persistant pour certains, à feuilles caduques pour d’autres (il perdrait ses feuilles 3 fois par an), il fait partie de la même famille que le Noyer d’Amazonie (Bertholletia excelsa). couroupita guianensis.jpg

Photo : Servicio de Toxicología del Sanatorio de ninos (clic)

Cet arbre qui peut atteindre 30 mètres de haut est spectaculaire à plus d’un titre, tout d’abord ses fleurs sont absolument magnifiques, elles se présentent en grappes pouvant atteindre 3 mètres, ensuite par ses fruits sphériques de +/- 20cm de diamètre (ils contiennent 200 à 300 graines) qui ont l’apparence de boulets de canon ou encore par ses branches hautes qui sont pourvues d’épines alors que les branches du bas s’entremêlent dans un beau fouillis.

Autre particularité, les fleurs comme les fruits apparaissent sur des tiges qui poussent à même le tronc, si les fleurs sont très parfumées, les fruits dégagent une odeur fétide quand ils s’écrasent sur le sol. Ces fruits (+/- 6 kg) mettent 18 mois pour arriver à maturité et tombent au bout de 2 ans ½  environ.

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Photo : Biology DepartmentUniversity of Massachusetts Amherst (clic)

En Asie, au Sri Lanka, en Thaïlande et dans d’autres pays bouddhistes, l’arbre est souvent planté dans les temples. Il est confondu avec l’arbre Sala, arbre sous lequel Bouddha serait décédé.

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Photo : que huong ngay mai (clic)


En Inde où il a été introduit à la fin du XIXème siècle, il est appelé « Nâgalinga » et est considéré sacré par les hindous compte tenu que sa fleur ressemble à un nagam (serpent sacré).

Dans la littérature Tamoul, un recueil (traduit en français)  de nouvelles d’Inde du Sud porte le titre « L’Arbre Nâgalinga », une des ces nouvelles fait référence à notre couroupita : En présence de sa fille Brinda, un père de famille négocie la dot que son futur gendre riche, mais infirme, devra verser... Devant la maison un arbre « Nâgalinga » retient l’attention de la jeune fille qui rêvasse, qui laisse son esprit vagabonder et qui par la même occasion se détache de cet humiliant marchandage.

 "Que de fleurs sur cet arbre ! Brinda compta celles qui étaient à portée de vue : une, deux, trois, quatre, cinq... Avant qu'elle fût parvenue à la douzaine, les fleurs s'emmêlèrent. Avait-elle déjà compté celles qui étaient sur la branche du haut, ou pas ? Elles devaient être au moins deux douzaines en tout. Un trésor de fleurs douces aux couleurs délicates. En outre, il devait y en avoir d'autres, tombées au pied de l'arbre." (Editions de l'aube - p.11)